- Qui est Anaïs Baumgarten ?
- Le marketing responsable : qu'est-ce que c'est ?
- La remise en question des pratiques marketing
- Pourquoi le marketing responsable est-il crucial aujourd'hui ?
- Pratiques essentielles pour un marketing responsable
- Exemples d’actions marketing responsables réussies
- L'avenir du marketing responsable
- Conseils pour intégrer les pratiques de marketing responsable
Le marketing responsable est une tendance croissante qui s’impose dans un monde où entreprises, consommateurs et marketeurs prennent conscience des enjeux éthiques, environnementaux et sociétaux. Anaïs Baumgarten, fondatrice du podcast et de la newsletter Slow Marketing, défend une approche plus humaine, éthique et inclusive du marketing. Dans cette conversation croisée, elle nous partage son parcours, les nuances des concepts de marketing responsable, ainsi que des conseils pratiques pour les entreprises désireuses de s’engager dans cette voie.
Qui est Anaïs Baumgarten ?
Anaïs Baumgarten évolue dans le marketing digital depuis plus de dix ans. Indépendante depuis cinq ans, elle s’est spécialisée dans le marketing responsable et a lancé le podcast et la newsletter Slow Marketing, qui mettent en lumière les bonnes pratiques de marketing éthique. Son expérience l’a amenée à collaborer avec des entreprises à impact environnemental et sociétal, transformant ainsi sa vision du marketing. Anaïs a non seulement ajusté les projets avec lesquels elle travaille, mais elle a également réinventé ses propres pratiques pour les aligner avec ses valeurs.
Le marketing responsable : qu’est-ce que c’est ?
Clara : Quelle est ta vision du marketing responsable ?
Anaïs : Pour moi, le marketing responsable englobe toutes les parties prenantes : des fournisseurs aux consommateurs, sans oublier les équipes marketing souvent oubliées. L’objectif est de minimiser les impacts négatifs tout en maximisant les positifs. Cela signifie non seulement travailler avec des entreprises engagées, mais aussi remettre en question nos propres pratiques.
Clara : J’ai choisi de parler de marketing For Good, car le terme « marketing responsable » est souvent associé à l’écologie. Quel est ton avis ?
Anaïs : Je partage ton point de vue. Le marketing responsable est souvent réduit à la question environnementale, mais c’est plus complexe. Il est crucial d’aborder aussi l’impact sociétal. Le marketing traditionnel a souvent véhiculé des stéréotypes sexistes, racistes ou validistes, et nous devons déconstruire ces représentations pour éviter de les alimenter.
Clara : On entend beaucoup de termes comme « slow marketing », « marketing responsable » ou « marketing for good ». Sont-ils interchangeables ?
Anaïs : Oui, de mon point de vue, ces termes sont synonymes. Peu importe le terme, l’important est de remettre en question nos pratiques marketing, en intégrant une approche plus respectueuse des personnes et de la planète.
La remise en question des pratiques marketing
Clara : Peux-tu développer ce que tu inclus dans le marketing responsable ?
Anaïs : Le marketing responsable ne se limite pas à travailler avec des entreprises engagées. Il implique de repenser nos pratiques. Certaines entreprises adoptent encore des méthodes agressives, même si elles se disent « engagées ». Nous devons réévaluer nos manières de communiquer, d’acquérir des clients et de développer des stratégies respectueuses de l’humain et de l’environnement.
Clara : Les entreprises doivent être cohérentes dans leurs valeurs et leurs pratiques.
Clara : Pourquoi utilises-tu le terme « slow marketing » ?
Anaïs : Ce terme reflète ma volonté de ralentir et de prôner la sobriété dans nos pratiques. Le slow marketing vise à faire du marketing de manière plus sereine, surtout pour des équipes soumises à une pression énorme. On peut réussir dans le marketing sans être constamment en burn-out à cause des nouvelles tendances.
Clara : Donc, le marketing responsable englobe tout, du processus de création au bien-être des équipes et des consommateurs ?
Anaïs : Exactement. Il s’agit de réfléchir aux impacts de nos actions à tous les niveaux : sociétal, environnemental et humain. Ce n’est pas seulement une question d’image, mais de revoir nos méthodes pour les rendre plus respectueuses et inclusives.
Pourquoi le marketing responsable est-il crucial aujourd’hui ?
Clara : Pourquoi les entreprises doivent-elles adopter des pratiques de marketing responsable ?
Anaïs : Les consommateurs sont de plus en plus informés et exigeants. Ils veulent connaître la provenance des produits et les valeurs des entreprises. Cela devient un critère de choix, même si le prix reste important. Les entreprises ne peuvent plus ignorer les enjeux environnementaux et sociétaux, sous peine d’en subir les conséquences sur leur image et leur viabilité.
Clara : Les consommateurs sont également sur-sollicités aujourd’hui, non ?
Anaïs : Tout à fait. La sursollicitation est une des raisons pour lesquelles le marketing responsable émerge. Les gens sont fatigués par le marketing intrusif. Les entreprises doivent adopter une approche respectueuse et ciblée pour éviter de perdre leur audience.
Pratiques essentielles pour un marketing responsable
Anaïs a partagé ses 5 pratiques essentielles pour mettre en place un marketing responsable. Les voici :
1. Intégrer les responsabilités environnementales et sociétales
Il est crucial que les engagements environnementaux et sociétaux soient au cœur du positionnement de l’entreprise. Anaïs souligne l’importance d’éviter des actions de RSE déconnectées de l’offre principale. Par exemple, la marque JUUL, qui a dévié de sa mission initiale en lançant des produits attractifs pour les adolescents.
2. Repenser son offre
Anaïs recommande de challenger chaque nouvelle offre en se posant trois questions clés : Pourquoi cette offre existe-t-elle ? Quel est son impact sur les personnes ? Quel est son impact sur la planète ? Cela permet de vérifier que chaque nouvelle offre est en phase avec les engagements de l’entreprise.
3. Adopter une approche inclusive
L’inclusivité est essentielle dans toute stratégie de marketing responsable. Cela inclut la diversité dans les représentations, dans les équipes et l’utilisation d’écriture inclusive. Anaïs souligne également l’importance de l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap, à travers le langage « facile à lire et à comprendre » (FALC).
4. Garantir l’accessibilité des contenus
Tous les supports de communication doivent être accessibles à tous. Anaïs mentionne que seulement 50 % des sites les plus visités en France sont accessibles aux personnes handicapées, mettant en avant l’importance de simplifier l’accès aux informations.
5. Adopter un mindset de sobriété
Anaïs prône le principe de « faire moins, mais mieux ». Elle explique que l’idée est de repenser les actions marketing pour qu’elles soient plus efficaces, sans accumulation inutile. Par exemple, une entreprise spécialisée dans l’aménagement de bureaux intègre des indicateurs de bien-être des employés, au même niveau que les objectifs financiers.
Exemples d’actions marketing responsables réussies
Clara : As-tu des exemples d’actions marketing responsables ?
Anaïs : Une campagne marquante est celle de NYX avec Bilal Hassani, en décembre 2023. NYX a changé sa communication en publiant des photos d’identité sobres, sans maquillage, suscitant la curiosité. Le point culminant était une vidéo où Bilal devait enlever son maquillage pour obtenir une photo « conforme ». La campagne posait alors la question : « À quand une carte fidèle à ton identité ? »
Clara : Un message fort, surtout dans l’industrie des cosmétiques.
Anaïs : Exactement ! Cette campagne prônait l’acceptation de soi sans chercher à vendre un produit en jouant sur les complexes.
Clara : As-tu d’autres exemples concrets ?
Anaïs : Un autre exemple qui me vient à l’esprit concerne l’emailing. J’ai travaillé avec un groupe de studios de yoga qui envoyait une newsletter hebdomadaire à tous ses abonnés, sans distinction. Ils avaient de très mauvais taux d’ouverture et de clics. Ce qu’on a fait, c’est de segmenter leur audience. Par exemple, si un workshop était organisé par un professeur particulier, on envoyait l’email seulement à ceux qui avaient déjà suivi des cours avec ce prof ou dans le même style de yoga.
Ça permet de mieux cibler et de rendre les messages plus pertinents. Résultat : les taux d’ouverture et de clics ont augmenté, et les workshops se remplissaient beaucoup plus rapidement. C’est un exemple très simple de marketing responsable qui repose sur la qualité et l’efficacité plutôt que sur la quantité.
Clara : En parlant d’e-mailing, je mets toujours en place chez mes clients ce que j’appelle le “Wake-up Flow”. C’est le processus dans lequel on envoie une série d’emails aux abonnés inactifs. Si, après quelques relances, ils n’interagissent toujours pas, on les désabonne automatiquement. Ça permet de garder une base de données active et de ne pas dépenser de ressources inutiles. Cela leur fait économiser de l’argent, car on n’envoie plus d’emails à des personnes qui ne réagissent jamais, et ça améliore aussi la délivrabilité. En gros, c’est gagnant-gagnant : la base de données est nettoyée, ce qui augmente l’efficacité des campagnes futures.
L’avenir du marketing responsable
Clara : Comment vois-tu l’avenir du marketing responsable ?
Anaïs : Je pense qu’il y a un besoin urgent de repenser nos modèles économiques. La question de la décroissance commence à émerger, même si c’est un sujet encore tabou. On ne peut plus continuer à fonctionner comme avant, avec une croissance à tout prix. Nous devons réfléchir à notre rôle au sein de la société et à nos indicateurs de succès.
Clara : Oui, la pression pour croître peut être écrasante. Est-ce que tu penses que cela pourrait amener à une remise en question plus large des pratiques marketing traditionnelles ?
Anaïs : Exactement. L’avenir du marketing responsable passera par une réflexion sur la manière dont nous concevons le succès. Au lieu de se concentrer uniquement sur le chiffre d’affaires, il faudra considérer des indicateurs plus qualitatifs, comme le bien-être des salariés ou l’impact sociétal. Ce changement de mentalité sera essentiel pour construire un marketing véritablement engagé et éthique.
Clara : Cela signifie donc que les entreprises doivent se préparer à changer leurs priorités et à s’aligner sur des valeurs plus durables ?
Anaïs : Tout à fait. Ce qui est encourageant, c’est que nous commençons déjà à voir des signes d’un changement de mentalité, surtout chez les jeunes générations qui recherchent du sens dans leur travail et dans les marques qu’ils soutiennent. Ils veulent des entreprises qui prennent position sur des questions sociales et environnementales, et cela va influencer le marché.
Clara : C’est vrai, cette quête de sens est de plus en plus présente. Penses-tu que cela va inciter davantage d’entreprises à adopter une approche responsable ?
Anaïs : J’en suis convaincue. Les entreprises qui ne s’adapteront pas risquent de se retrouver à la traîne. Les consommateurs sont de plus en plus exigeants et informés. Pour les entreprises, il est donc crucial de s’engager dans une démarche de marketing responsable, non seulement pour répondre à la demande, mais aussi pour assurer leur pérennité à long terme.
Conseils pour intégrer les pratiques de marketing responsable
Clara : Quels conseils donnerais-tu aux entreprises qui souhaitent travailler un marketing plus responsable ?
Anaïs : Commence par un audit de tes pratiques actuelles en te posant trois questions : Pourquoi fais-tu cela ? Quel est l’impact sur les personnes ? Quel est l’impact sur la planète ? Cela te permettra d’identifier les points à améliorer.
Clara : Que conseillerais-tu pour la mise en œuvre des changements ?
Anaïs : Opte pour de petites actions et n’inonde pas tes équipes de changements immédiats. Commence par des améliorations simples et concrètes.
Clara : Je rappelle toujours à mes clients qu’ils doivent être transparents dans leur communication. Qu’en pense-tu ?
Anaïs : C’est essentiel ! Il est crucial de communiquer non seulement sur les progrès réalisés, mais aussi sur les défis rencontrés. Par exemple, je trouve que la marque Loom, qui confectionne des vêtements responsables, fait cela très bien. Ils partagent leurs progrès et les domaines où ils peuvent s’améliorer dans leurs fiches produits et newsletters. Cette approche renforce la confiance avec leurs consommateurs.
Un autre aspect important est de repenser vos indicateurs de succès. Ne vous concentrez pas uniquement sur le chiffre d’affaires. Par exemple, un de mes clients dans l’aménagement de bureaux a mis en place des KPIs sur la satisfaction des employés, en plus des objectifs financiers. Cela montre qu’il est possible de considérer d’autres aspects que la simple rentabilité.
Le marketing responsable représente bien plus qu’une simple tendance : c’est une nécessité incontournable dans un monde où les consommateurs et les entreprises prennent conscience des enjeux éthiques, environnementaux et sociétaux. À travers ses expériences et ses conseils pratiques, Anaïs Baumgarten nous montre que chaque action compte pour bâtir un avenir où le marketing est à la fois éthique et durable.
En intégrant des pratiques responsables dans leur stratégie, les entreprises peuvent non seulement répondre aux attentes croissantes de leurs clients, mais aussi se démarquer dans un marché en pleine évolution. En adoptant une approche centrée sur le bien-être des individus et de la planète, le marketing responsable devient un levier de transformation, tant pour les marques que pour la société dans son ensemble.
Ainsi, en suivant les conseils d’Anaïs — de l’audit des pratiques actuelles à la transparence dans la communication — les entreprises ont l’opportunité de s’engager dans une démarche plus authentique et significative. Le futur du marketing appartient à celles qui choisiront de faire preuve de responsabilité et d’humanité, en alliant efficacité et respect.
